La  LONDON GAZETTE #31680 du 9 décembre 1919 publie un certain nombre de citations d'attribution de la Military Cross à des soldats Canadiens : parmi ceux-ci le lieutenant Fred. Lawrence Moore, d'Economy Point en Nouvelle Ecosse, dont la citation est ainsi libellée :

 

 

Lt. Fred. Lawrence Moore, 85th Bn., Can. Infy., Nova Scotia R.

  Lieutenant Fred. Lawrence Moore, 85e Bataillon, Infanterie Canadienne, Régiment de Nouvelle-Écosse.  
  For conspicuous gallantry and devotion in front of Valenciennes, on 6th November, 1918, in charge of the right flank of his battalion in the attack. It was impossible to make the canal crossing at the point where it had been planned. He immediately made a daring reconnaissance to secure a crossing, engaging the enemy with his revolver, and being severely wounded. With great courage and devotion he remained on duty until he had established his platoon on the far side of the canal, and issued all instructions regarding the holding of the positions.        Pour sa bravoure et son dévouement face à Valenciennes, le 6 Novembre 1918, alors qu'il était en charge du flanc droit de son bataillon durant l'attaque. Il était impossible de traverser le canal à l'endroit qui avait été prévu. Il a immédiatement fait une reconnaissance audacieuse pour assurer un passage, engageant l'ennemi avec son revolver, avant d'être gravement blessé. Avec beaucoup de courage et de dévouement, il est resté en service jusqu'à ce qu'il ait établi son peloton de l'autre côté du canal, et émis toutes les instructions concernant la tenue des positions.

 

                   Mais....... car il y a un "mais", que faut-il comprendre de cette traversée d'un canal en face de Valenciennes. La ville a été investie par les troupes alliées, essentiellement Canadiennes -et Britanniques-, le 2 Novembre 1918, puis sécurisée au fur et à mesure de l'avancée des troupes vers Mons atteint le jour de l'armistice, le 11, au point que le Président de la République, Raymond Poincaré, rend visite à Valenciennes le 10. Donc le 6, le 85e bataillon s'était déjà éloigné vers la Belgique, repoussant les troupes allemandes.

 En effet, si le war diary du 85e situe celui-ci

  •  à HERIN le 1er novembre
  •  à SAINT-WAAST-LA-HAUT les 2 et 3
  •  à VALENCIENNES le 4, où il précise que le bataillon a fait mouvement à 14h vers les faubourgs Est de la ville,

 Il signale cependant que les troupes cantonnent :

  •  pour le QG en X.21.b.25.65. La simple lecture de la lettre de référence "X" confirme qu'ils ont quitté Valenciennes, car la ville figure tout au nord de la carte 51a, le centre ville en E.9. Le quartier général est donc établi dans la carte suivante la 44, et effectivement la route quittant Valenciennes au Nord-Est en direction de Mons passe par Onnaing. Le rédacteur du JMO se situe lui-même en cet endroit le 5, et à cet emplacement repéré 25.65 se situe l'actuelle Mairie d'Onnaing, qui fait un lieu fort probable pour le cantonnement du QG ( à cette époque, la mairie se situait en face à droite de l'église, en 25.80).

 

QG_Onnaing   Mairie_Onnaing

  • Pour cette même nuit,  les hommes sont répartis par compagnie :
    • Compagnie "A"  : X.27.d.30.50 à X.27.a.75.60  ce qui les situe juste au Sud d'Onnaing, en plein champs avec les
    • Compagnie "B"  : X.22.d.20.20 à X.21.d.95.40
    • Compagnie "C"  : X.28.d.70.45 à X.28.a.90.10
    • Compagnie "D"  : X.28.c.10.90 à X.21.d.30.10

    En effet le 85e relève le 38e Bataillon qui vient d'avoir une journée "chaude" au Sud d'Onnaing : lire la page consacrée sur ce blog à la 1st Canadian Motor Machine Gun Brigade .

    Ces 4 compagnies sont donc sur les lignes suivantes :

    85th_Coys

  •  Le 5 Novembre à l'aube, une attaque est déclenchée en direction de Quarouble, ville suivante sur la route de Mons, et de la fosse N°2 de Quiévrechain, dernière ville française avant la frontière belge, les combats s'étendront jusque Marchipont.

(Je reviendrais sur cette journée).

  • Le 6 Novembre, jour de la citation, le bataillon est donc engagé sur le dernier village avant la Belgique : Quiévrechain, à ce niveau la frontière est matérialisée par une rivière : l'Aunelle, qui prend sa source en foret de Mormal, est affluent de la rive gauche de l'Hogneau (confluence à Crespin un peu plus au Nord-Ouest), lui-même affluent de l'Escaut. Hogneau est le nom français que prend la rivière belge Grande Honnelle

AunelleHogneau

      C'est sur la rivière Aunelle -coulant du sud vers le nord- que les soldats du 85e bataillon vont se heurter au problème du franchissement, même si la rivière n'est pas très large, alors que la rive opposée est fortement défendue. Une fois passée, en fin de journée, les éléments avancés seront surpris par une montée soudaine de la grande Honnelle, les obligeant à nager pour rejoindre la rive.

      Ces deux derniers jours auront été particulièrement difficiles, et le bataillon se replie au repos à Anzin, le QG dans les locaux de l'usine "Escaut et Meuse", peut-être les "grands bureaux", toujours debouts, ou une des belles maisons avoisinantes :

 

EMbureaux

les bataillons, eux, arrivent séparément du front entre minuit et tôt le matin du 7 Novembre. Suivant le war diary :
"La ville (Anzin) est très peu endommagée par les bombardements et est pratiquement comme les habitants l'ont laissée  [NDR : les occupants avaient forcé la population à quitter l'agglomération devant l'avance alliée] lorsque la bataille s'est déroulée les derniers jours du mois précédent. Les cantonnements (the billets) sont confortables et le plus "comme chez soi" que le bataillon aît eu depuis de nombreux jours ."

Il est vrai qu'on le leur devait bien ! ........

Pourtant Anzin était notablement détruite, Mairie, Eglise, quartiers et usines pillées et sabotées du fait de l'occupant avant son départ.

ANZIN_Rue_Lecaillez

Probablement en avaient-ils vu d'autres !!!!!

 

Le journal du bataillon se termine par un décompte des pertes :

5 Novembre : 2 tués et 15 blessés (dont 1 reste au bataillon)

6 Novembre : 16 tués et 31 blessés (dont 2 restent au bataillon). Le Lieutenant Moore est parmi les blessés.

auxquels il faut ajouter 8 blessés des 2 et 4 Novembre, soit un total  de 72.

Ils auront la chance de rester en cantonnement jusqu'à l'armistice avant de partir pour la Belgique et l'occupation de l'Allemagne ; le 10/11 le bataillon défilera, probablement pour la venue du Président Poincaré ; le 11 Novembre il recevra message suivant à 9h00 alors qu'il défilait:

  • "Corps Canadien 06h45 STOP
    Les hostilités cesseront à 11h00 le 11 Novembre STOP
    Les troupes resteront strictement sur la ligne atteinte à cette heure et dont elles devront rendre compte au QG du CEF STOP
    Des précautions défensives seront maintenues STOP
    Il ne devra y avoir aucun échange d'aucune sorte avec l'ennemi STOP
    D'autres instructions suivront"